Afrique · Éthiopie · Lieux de patrimoine
Trésors Royaux d'Éthiopie
Stèles d'Axoum, églises zagwé de Lalibela, Gondar salomonide
I Le récit
II Histoire
Situé sur les hauts plateaux du nord de l'Éthiopie, Aksoum symbolise la richesse et l'importance de l'ancienne civilisation aksoumite, que l'UNESCO date du Ier au VIIIe siècle apr. J.-C. Le royaume se tenait au carrefour de trois continents — Afrique, Arabie et monde gréco-romain — et fut l'État le plus puissant entre l'Empire romain d'Orient et la Perse. Maîtrisant le commerce de l'ivoire avec le Soudan, ses flottes contrôlaient le négoce de la mer Rouge via le port d'Adulis ainsi que les routes intérieures du nord-est africain. Son déclin politique intervient au Xe siècle.
La dynastie salomonide est le nom donné par les historiens modernes à la lignée de monarques chrétiens orthodoxes qui régna sur l'Éthiopie de la fin du XIIIe siècle à 1974. Elle est fondée en 1270 par Yekuno Amlak, un noble du Shewa, qui renverse le dernier souverain de la dynastie zagwé et s'empare du pouvoir. La dynastie affirma par la suite que Yekuno Amlak descendait en ligne masculine directe de la maison royale du royaume d'Aksoum. La forme canonique de cette revendication est fixée par les légendes consignées dans le Kebra Nagast, texte du XIVe siècle. Cette généalogie salomonique, articulée à l'alliance avec l'Église orthodoxe éthiopienne, fonda la légitimité et la longévité remarquable — plus de sept siècles — de la dynastie.
Entre le XIIIe et le XVIIe siècle, les souverains éthiopiens déplaçaient fréquemment leurs camps royaux : l'Empire n'avait pas de capitale fixe. Le roi Fasilidas s'établit à Gondar et en fait une capitale permanente en 1636. Avant son déclin à la fin du XVIIIe siècle, la cour royale y transforma le camp en une enceinte fortifiée, le Fasil Ghebbi, composée de six grands complexes bâtis et d'annexes, entourée d'un mur de 900 mètres percé de douze entrées et de trois ponts. La cité-forteresse fut le centre du gouvernement éthiopien jusqu'en 1864. Ce fait invalide l'idée d'une capitale salomonide unique et pérenne à Addis-Abeba.
Deuxième plus grande stèle du site d'Axoum, haute de 24 mètres et pesant 150 tonnes, âgée d'environ 1 700 ans, la stèle 2 fut transportée à Rome par les troupes de Mussolini en 1937. Elle fut restituée par le gouvernement italien en avril 2005, après 68 ans : découpée en trois blocs, elle fut acheminée par avions Antonov jusqu'à Axoum et déposée dans le champ de stèles, près de son emplacement d'origine. Sous la conduite du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO, et sur financement du gouvernement italien pour le démontage, le transport et la réinstallation, le troisième et dernier bloc fut remonté le 31 juillet 2008 à son emplacement d'origine ; la cérémonie d'inauguration eut lieu le 4 septembre 2008. L'UNESCO souligne que l'obélisque « est devenu un symbole de l'identité du peuple éthiopien », et que la population locale accueillit sa réinstallation par des concerts spontanés organisés sur le site.
La dynastie salomonide demeura au pouvoir jusqu'en 1974, année où son dernier empereur, Haïlé Sélassié, fut renversé par un coup d'État. Cette date clôt une lignée revendiquée comme ininterrompue depuis 1270 — et, dans son propre récit légitimant, depuis Salomon et la reine de Saba.