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Ier siècle apr. J.-C. – 1974

Trésors Royaux d'Éthiopie

Stèles d'Axoum, églises zagwé de Lalibela, Gondar salomonide

LangueGuèze (liturgique), amharique ; 5 langues fédérales (2020)
CapitaleAxoum, camps itinérants, Gondar (1636), Addis-Abeba (1889)
DynastiesAksoum (Ier-VIIIe s.), Zagwé, Salomonide (1270-1974)
InfluenceIer s. apr. J.-C. – 1974

I Le récit

Les trésors royaux d'Éthiopie se déploient sur près de deux millénaires et relèvent de trois ensembles politiques distincts qu'il ne faut pas confondre. À Axoum (Tigré), le royaume aksoumite — que l'UNESCO date du Ier au VIIIe siècle apr. J.-C. — fut « l'État le plus puissant entre l'Empire romain d'Orient et la Perse », au carrefour de l'Afrique, de l'Arabie et du monde gréco-romain, et y laissa des stèles monolithiques géantes, des tombes royales et des ruines de palais. À Lalibela (Amhara), la dynastie zagwé fit tailler à même la roche onze églises monolithiques, « Nouvelle Jérusalem » attribuée par l'UNESCO au roi Lalibela au XIIe siècle, après que les conquêtes musulmanes eurent interrompu les pèlerinages en Terre sainte. La dynastie salomonide proprement dite naît en 1270 avec Yekuno Amlak, qui renverse le dernier souverain zagwé et revendique une descendance de la maison royale d'Aksoum — récit codifié au XIVe siècle par le Kebra Nagast ; elle règne jusqu'en 1974 et la déposition d'Haïlé Sélassié. Ses souverains déplacèrent fréquemment leurs camps royaux entre le XIIIe et le XVIIe siècle, jusqu'à ce que le roi Fasilidas fixe Gondar comme capitale permanente en 1636, où le Fasil Ghebbi resta le centre du gouvernement éthiopien jusqu'en 1864.

II Histoire

Le royaume d'Aksoum, carrefour de trois continents (Ier-VIIIe siècle apr. J.-C.)

Situé sur les hauts plateaux du nord de l'Éthiopie, Aksoum symbolise la richesse et l'importance de l'ancienne civilisation aksoumite, que l'UNESCO date du Ier au VIIIe siècle apr. J.-C. Le royaume se tenait au carrefour de trois continents — Afrique, Arabie et monde gréco-romain — et fut l'État le plus puissant entre l'Empire romain d'Orient et la Perse. Maîtrisant le commerce de l'ivoire avec le Soudan, ses flottes contrôlaient le négoce de la mer Rouge via le port d'Adulis ainsi que les routes intérieures du nord-est africain. Son déclin politique intervient au Xe siècle.

Yekuno Amlak, la fondation salomonide (1270) et le Kebra Nagast

La dynastie salomonide est le nom donné par les historiens modernes à la lignée de monarques chrétiens orthodoxes qui régna sur l'Éthiopie de la fin du XIIIe siècle à 1974. Elle est fondée en 1270 par Yekuno Amlak, un noble du Shewa, qui renverse le dernier souverain de la dynastie zagwé et s'empare du pouvoir. La dynastie affirma par la suite que Yekuno Amlak descendait en ligne masculine directe de la maison royale du royaume d'Aksoum. La forme canonique de cette revendication est fixée par les légendes consignées dans le Kebra Nagast, texte du XIVe siècle. Cette généalogie salomonique, articulée à l'alliance avec l'Église orthodoxe éthiopienne, fonda la légitimité et la longévité remarquable — plus de sept siècles — de la dynastie.

Fasilidas fixe Gondar comme capitale permanente (1636) — fin des capitales itinérantes

Entre le XIIIe et le XVIIe siècle, les souverains éthiopiens déplaçaient fréquemment leurs camps royaux : l'Empire n'avait pas de capitale fixe. Le roi Fasilidas s'établit à Gondar et en fait une capitale permanente en 1636. Avant son déclin à la fin du XVIIIe siècle, la cour royale y transforma le camp en une enceinte fortifiée, le Fasil Ghebbi, composée de six grands complexes bâtis et d'annexes, entourée d'un mur de 900 mètres percé de douze entrées et de trois ponts. La cité-forteresse fut le centre du gouvernement éthiopien jusqu'en 1864. Ce fait invalide l'idée d'une capitale salomonide unique et pérenne à Addis-Abeba.

La stèle 2 d'Axoum : spoliation fasciste (1937) et restitution par l'Italie (2005-2008)

Deuxième plus grande stèle du site d'Axoum, haute de 24 mètres et pesant 150 tonnes, âgée d'environ 1 700 ans, la stèle 2 fut transportée à Rome par les troupes de Mussolini en 1937. Elle fut restituée par le gouvernement italien en avril 2005, après 68 ans : découpée en trois blocs, elle fut acheminée par avions Antonov jusqu'à Axoum et déposée dans le champ de stèles, près de son emplacement d'origine. Sous la conduite du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO, et sur financement du gouvernement italien pour le démontage, le transport et la réinstallation, le troisième et dernier bloc fut remonté le 31 juillet 2008 à son emplacement d'origine ; la cérémonie d'inauguration eut lieu le 4 septembre 2008. L'UNESCO souligne que l'obélisque « est devenu un symbole de l'identité du peuple éthiopien », et que la population locale accueillit sa réinstallation par des concerts spontanés organisés sur le site.

1974 : la déposition d'Haïlé Sélassié et la fin de plus de sept siècles salomonides

La dynastie salomonide demeura au pouvoir jusqu'en 1974, année où son dernier empereur, Haïlé Sélassié, fut renversé par un coup d'État. Cette date clôt une lignée revendiquée comme ininterrompue depuis 1270 — et, dans son propre récit légitimant, depuis Salomon et la reine de Saba.

IV Images

Trésors Royaux d'Éthiopie
🇪🇹 Éthiopie Salomonide