Des populations de langue mandé, appelées Soos dans la tradition sérère, occupaient la Sénégambie plusieurs siècles avant l'empire du Mali et avaient déjà fondé leurs propres royaumes.
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Jcornelius (CC BY-SA 4.0)
Royaume du Kaabu
Une fédération mandingue, de la Casamance au Rio Grande
I Le récit
Il commence comme province militaire de l'empire du Mali, conquise au XIIIᵉ siècle par Tiramakhan Traoré, et devient indépendant en 1537 lorsque le Mali s'efface. Mais l'installation mandingue n'a pas remplacé les habitants : elle les a assimilés. Les Soose — la vieille population de langue mandé, présente bien avant le Mali — et les Bainuk ont adopté les structures politiques et sociales mandingues, et les conquérants se sont fondus dans le pays par les mariages. On appelle ce processus la mandinkanisation ; il explique qu'un État puisse changer de langue sans changer de peuple.
La règle de succession dit le reste. Contre l'usage patrilinéaire dominant chez les Mandé, l'héritage royal passait par la mère — la coutume bainuk d'avant la conquête a été respectée. Seuls pouvaient être élus mansa ceux qui descendaient des lignages nyancho par leurs deux parents ; les clans koring, eux, gouvernaient les provinces non royales. Le mansaba était choisi parmi les chefs de Jimara, Sama et Pachana, trois provinces dont dépendaient Kantora, Tumana et Mana.
La fin est un fait rare dans l'histoire des États : une décision. En 1867, la capitale Kansala est assiégée par les armées peules du Fouta-Djalon conduites par Alfa Omar de Labé et Alfa Molo Baldé. Au onzième jour, le mansaba Janke Waali Sanneh fait mettre le feu aux réserves de poudre de la ville. L'explosion tue les défenseurs mandingues et les trois quarts des assiégeants. Kansala détruite, l'hégémonie mandingue de la région prend fin — et les vainqueurs, trop diminués pour poursuivre, laissent naître le Fuladu d'Alfa Molo, dans l'actuel sud du Sénégal.
L'historiographie du Kaabu tient en peu de noms. Le colloque de Dakar de mai 1980 lui a été consacré, et la synthèse de Djibril Tamsir Niane — « Histoire des Mandingues de l'Ouest. Le royaume du Gabou » — reste l'ouvrage de référence : elle date l'épopée du conquérant Tiramagan Traoré des années 1235-1265, suit la période malienne jusqu'à la disparition de l'empire, et s'achève sur la défaite de 1867 face aux Peuls du Fouta-Djalon. Malgré cela, le Kaabu demeure l'un des États ouest-africains les moins connus.
Réserve de méthode — l'histoire du Kaabu repose largement sur la tradition orale mandingue, dont les récits de fondation et les généalogies ont leurs propres règles. Les dates hautes (1230, 1537) sont des repères de convention, pas des actes datés.
II Histoire
Le Kaabu naît comme province militaire de l'empire du Mali ; il en devient indépendant en 1537, lorsque le Mali s'efface.
L'élite conquérante ne remplace pas la population : elle est absorbée par elle. Soose et Bainuk adoptent les structures mandingues, et le pays change de langue sans changer d'habitants.
Contre l'usage mandé, la succession est matrilinéaire — la coutume bainuk d'avant la conquête est maintenue. Seuls les nyancho, par leurs deux parents, peuvent être élus mansa.
Assiégé par les Peuls du Fouta-Djalon, le mansaba Janke Waali fait incendier la poudrière : l'explosion tue les défenseurs et les trois quarts des assiégeants, et met fin à l'hégémonie mandingue de la région.
VIII Ce que ce royaume a semé ailleurs
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